La Transylvanie rêve d’autonomie

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L’ESSENTIEL

La Hongrie a décidé d’octroyer unilatéralement la double nationalité aux citoyens de souche magyare qui vivent dans les pays voisins.

Conséquence : l’importante minorité hongroise qui vit en Transylvanie roumaine se plaît à nouveau à rêver d’une autonomie accrue.

Un foyer potentiel de tension nationaliste au coeur de l’Union européenne, alors que ce 4 juin 2010 marque le 90e anniversaire du traité du Trianon, qui amputa la Hongrie en 1920.


L’importante communauté hongroise est en quête d’identité


Tout est calme au centre de Miercurea Ciuc, une petite ville de 40.000 âmes située au coeur des Carpates, en plein centre de la Roumanie. Ici, le temps semble s’écouler plus doucement que dans le reste du pays. Ce qui est sûr, c’est que cette cité transylvaine n’est pas une ville roumaine ordinaire.

Ici, plus de 80 % de la population est d’origine hongroise et la rue piétonne la plus fréquentée porte le nom de Sándor Petőfi, un poète magyar, héros de la révolution de 1848. István est né ici. Ce jeune homme athlétique de 25 ans, aux cheveux bruns et aux yeux bleus, travaille à la mairie. « Je me force à lire les journaux roumains pour apprendre la langue, parce qu’ici, je ne parle que le hongrois », raconte-t-il. Avec 1,4 million de citoyens d’origine magyare, la Roumanie est le pays limitrophe de la Hongrie qui compte le plus de Hongrois.

Il y a 90 ans, le 4 juin 1920, le traité de Trianon amputait près de deux tiers de son territoire et de sa population à cette nation. La Transylvanie est revenue à la Roumanie, laissant des millions de Hongrois coupés de leur mère patrie.

Miercurea Ciuc se trouve dans l’enclave sicule, une région du centre de la Roumanie à majorité hongroise, qui demande son autonomie territoriale. Depuis quelques années, les initiatives se multiplient pour accélérer ce processus, que Bucarest ne semble pourtant pas prêt à accepter.

« Il y a trente ans, il n’y avait que 6 familles roumaines dans cette localité. Entre-temps, l’industrialisation communiste et les politiques des différents gouvernements d’après 1989 sont passées par là »
, témoigne le maire d’origine magyare de Miercurea Ciuc, Robert Raduly Kalman. Sur la porte de son bureau, il y a écrit « Maire » en hongrois et seulement un peu plus bas, en roumain. « Au début des années 70 et jusqu’à la chute du régime, les discriminations ont été très importantes pour les minorités. Après 1989, peu de choses ont changé », ajoute-t-il.


CONTEXTE

Le problème Les minorités hongroises doivent leur situation au traité de Trianon. En 1920, le premier conflit mondial terminé, celui-ci a dépecé la Hongrie vaincue. Son territoire a été raboté des deux tiers. 3,5 millions de Hongrois de souche vivent de ce fait en Slovaquie, Serbie et Roumanie. Tous pays limitrophes de la Hongrie.

L’enjeu Souvent discriminés, les Hongrois de souche luttent pour leurs droits. Certains exigent carrément l’autonomie territoriale, tel en l’enclave sicule, une région du centre de la Roumanie. Mais les minorités hongroises sont aussi une priorité pour la mère patrie. Le conservateur Viktor Orban revenu au pouvoir, la décision a été prise à Budapest d’accorder à ces magyarophones la double nationalité.

A suivre Si Bucarest et Belgrade n’ont guère réagi à la nouvelle, les Slovaques sont en revanche furieux. En guise de réponse, ils viennent d’adopter à leur tour une loi privant les magyarophones de la nationalité slovaque s’ils décident de devenir hongrois. Les risques de surchauffe nationaliste sont bien réels alors que le 90e anniversaire du traité de Trianon est célébré ce 4 juin et que les élections législatives slovaques sont fixées au 12 juin. (P.MA)



Une « rue Attila »

En septembre 2009, les élus magyars de la région ont créé une assemblée locale, qui n’a pas été reconnue par le pouvoir central. « Une sorte de Parlement régional, pour montrer à l’Europe à quoi ressemblerait notre autonomie », note Izsak Balazs, le président de l’organisation civile du Conseil national sicule. Un drapeau et un hymne de l’enclave sicule y ont été symboliquement ratifiés, alors que le hongrois a été décrété « langue officielle » au même titre que le roumain.

La semaine dernière, les conseillers municipaux de la ville de Sfantu Gheorghe, une autre localité symbolique de l’enclave sicule, ont voté pour le changement de dénomination d’une rue. Celleci, qui portait le nom de trois paysans roumains, héros d’un soulèvement populaire du XVIIIe siècle, Horea, Closca et Crisan, a été renommée Attila, personnage clé de l’histoire de la Hongrie.

Le 26 mai dernier, le Parlement de Budapest a voté à une grande majorité une loi visant à faciliter l’obtention de la citoyenneté hongroise aux Magyars vivant hors du pays.

Ce texte, qui entrera en vigueur l’année prochaine, ne leur donne toutefois pas le droit de vote. « C’est très important pour nous. C’est quelque chose qui nous revient, car nos ancêtres ont été privés de cette citoyenneté. Je serai le premier à en faire la demande. Je ne veux pas quitter la Roumanie, car je suis né ici, mais je suis avant tout Magyar », lâche Istvan avec conviction et plein de fierté. « Cette nouvelle n’a pas eu de résonance particulière en Roumanie, où les grèves qui ont eu lieu ces derniers jours ont occupé toute l’actualité. Mais il se pourrait qu’à moyen terme, cette décision du Parlement hongrois soit exploitée politiquement et que la situation devienne plus tendue », note le politologue Cristian Parvulescu.


MANIFESTATION de membres de la communauté hongroise à Odorheiu Secuiesc, en Transylvanie : le drapeau sicule, déployé, figure en bonne place dans la foule. © MIHAILESCU/ ARCHIVES AFP.
MANIFESTATION de membres de la communauté hongroise à Odorheiu Secuiesc, en Transylvanie : le drapeau sicule, déployé, figure en bonne place dans la foule.
© MIHAILESCU/ ARCHIVES AFP.

Toutes ces petites provocations ne présagent pas l’embrasement de la situation, assure Istvan, qui affirme que les Hongrois de Transylvanie resteront « paisibles ». Mais pour lui, il n’existe plus aucun doute : « L’enclave sicule sera bientôt autonome ».

Jonas Mercier – Le Monde, 2010-06-04

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